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Le chômage a encore de beaux jours en France !

De Jean-Louis Caccomo, Economiste IAE de Perpignan – UPVD
. Economie
10 septembre 2014
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Jean-Louis Caccomo Economiste IAE de Perpignan – UPVD
Jean-Louis Caccomo
Economiste IAE de Perpignan – UPVD

Texte rédigé par Jean-Louis CACCOMO – Le Cercle Les Echos – Economiste IAE de Perpignan – UPVD.

LE CERCLE. Le chômage structurel, qui ronge notre pays depuis trente ans, est un véritable cancer, mais on n’a jamais soigné un cancer avec de l’homéopathie, des médecines parallèles ou des infusions. À défaut de ne jamais poser le bon diagnostic, on risque de ne jamais résoudre le problème. Et le problème est devenu trop grave pour ne plus dire les choses.

Hier soir, sur le journal télévisé de France 2, était diffusé un reportage sur les quartiers. À la fin, le journaliste concluait le reportage en affirmant que « l’on n’aurait jamais la paix sociale dans les quartiers tant que les jeunes ne trouveront pas du travail ». Hélas, une part grandissante des jeunes considère que cela ne sert à rien de faire des études, car ils seront chômeurs. Ils ne se doutent même pas qu’ils seront précisément chômeurs, car ils n’auront pas étudié.

En fait, cette simple phrase du journaliste, qui semble traduire une évidence, est porteuse d’un terrible contresens. Plus une société se développe et plus les besoins se multiplient d’une façon telle que la demande de travail est quasiment infinie. Dans son temps, Jean de La Fontaine, dans la fable « le laboureur et ses enfants », concluait que le travail était le fond dont on manque le moins. Il avait bien raison : on peut manquer de ressources naturelles, on peut manquer d’argent, mais on ne manquera jamais de travail. En fait, l’existence même du chômage prouve qu’une partie de la population disponible n’est pas employée. Faut-il en conclure qu’il y a donc trop de travail ? Évidemment non !

C’est pourtant ce que considèrent les gouvernements qui pensent lutter contre le chômage en réduisant le temps de travail (35 heures, abaissement de l’âge de la retraite) ou en excluant les immigrés ou les femmes du marché du travail. C’est pourtant une hérésie économique qui révèle non seulement une profonde ignorance des lois économiques (ce qui est grave), mais aussi de la nature humaine elle-même (ce qui est dangereux).

Le problème du chômage français ne vient pas du fait qu’il y aurait trop de travail, mais du fait qu’il n’y a pas assez d’emplois.

Or, ce sont les entreprises qui offrent des emplois. S’il n’y a donc pas assez d’emplois en France, c’est qu’il n’y a pas assez d’entreprises. En fait, tout notre système institutionnel (social, fiscal et réglementaire) est hostile à la démographie des entreprises.

Par ailleurs, pour que les travailleurs occupent les emplois disponibles, encore faut-il qu’ils soient porteurs des qualifications et compétences qui ont une valeur économique sur le marché du travail. Or, sur le marché du travail, c’est la fixation libre des salaires qui permet de mesurer la valeur économique de ces compétences.

En France, l’imposition d’un salaire minimum tend à surévaluer la valeur économique des plus faibles qualifications, entraînant leur excédent (chômage). De l’autre côté, la baisse des salaires les plus élevés, au nom de la redistribution, tend à sous-évaluer la valeur économique des plus hautes qualifications au risque de les raréfier (pénurie). Ainsi, notre système de redistribution engendre la coexistence structurelle d’un chômage massif et d’une pénurie de personnel.

Enfin, pour que le travailleur puisse acquérir les compétences nécessaires à son insertion professionnelle, il faut que le système de formation soit performant, donc étroitement articulé aux besoins des entreprises, ce qui est loin d’être le cas en France.

On le voit, les causes du chômage structurelles sont clairement identifiées : un système institutionnel hostile à la démographie des entreprises, une redistribution des revenus qui fausse le vrai prix du travail et un système de formation défaillant.

 

Plus précisément, le fort taux de chômage, frappant les jeunes, traduit les défaillances d’un système éducatif (échec scolaire, échec en premier cycle universitaire alors que les taux de réussite au bac dépassent les 80 %) qui n’est plus adapté aux exigences du système de formation professionnelle. Le plus inquiétant est qu’un nombre croissant de jeunes Français trouve qu’il est trop dur pour eux de travailler dans les secteurs comme le tourisme, le commerce, la finance, la médecine ou la recherche scientifique. Pourtant, les besoins sont tellement importants dans ces secteurs que l’on est obligé de recourir à des étudiants étrangers.

Pendant ce temps, nos experts en « société des loisirs » ou nos apôtres de la « fin du travail » ont fait croire à notre jeunesse que le travail était une valeur dépassée. Elle en paie aujourd’hui les frais. On peut démocratiser à l’infini l’accès au savoir, mais les processus d’acquisition des savoirs (qui se transforment ainsi en compétences) nécessitent des efforts et une discipline qui ont peu à voir avec la logique démocratique.

Finalement, depuis trente ans, aucun gouvernement ne s’est jamais véritablement attaqué au problème du chômage, préférant un traitement social de la question qui revient à gérer la pénurie et à exclure les gens du monde du travail. La gauche a même eu le cran de dire qu’elle avait tout essayé en ce domaine, rejetant la responsabilité sur la crise. Mais aucune crise ne dure trente ans !

Ainsi, une petite phrase anodine d’un journaliste, à une heure de grande écoute, est révélatrice des confusions qui minent le débat sur le chômage, nous empêchant d’agir réellement. Hélas, l’économiste ne peut passer son temps à corriger ces contresens qui sont diffusés à longueur de journée sur les antennes. Pourtant, ce sont ces idées reçues qui vont façonner l’opinion publique après laquelle s’efforcent de courir tous nos dirigeants. Dans cette perspective, le chômage en France a encore hélas de beaux jours devant lui. Mais quand on ne guérit pas un cancer, on en meurt…

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