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lambert

La Cour Européenne des Droits de l’Homme a condamné à mort Vincent Lambert

De Alexandre Otn,
. Société
6 juin 2015
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Alexandre Otn
Alexandre Otn

Ce 9 septembre 1977, le couperet est sur le devant de la scène pour la dernière fois. Hamida Djandoubi, condamné à mort pour le meurtre de sa compagne Elisabeth Bousquet, est guillotiné à la prison des Baumettes de Marseille. Ce tunisien au nom tristement célèbre sera le dernier condamné à mort en France.

Suivirent ensuite de nombreuses sessions d’éloquence au sein du Palais Bourbon comme rarement la Ve République n’en avait connu. Au lendemain de l’élection à la présidence de François Mitterrand, le Garde des Sceau Robert Badinter jouera de sa verve pour entériner ce que la République a cherché à faire au début du XXe siècle[1] : l’abolition de la peine de mort[2]. Ovationné, acclamé, Monsieur le Président Badinter est devenu pour le commun des mortels « l’Homme qui a abattu la peine de mort ».

Et pourtant, qui aurait cru que Vincent Lambert, grand accidenté de la route, plongé dans un « état de conscience minimal », aurait été le premier d’une future longue litanie de condamnation à mort ? Accusé d’être différent, accusé de ne pas pouvoir courir, bouger, parler, accusé de dépendance thérapeutique, Vincent Lambert, après deux années de procédures judiciaires particulièrement lourdes et difficiles, a été condamné à mort par la Cour Européenne des Droits de l’Homme par 12 voix contre 5. Ce plébiscite mortuaire à l’encontre de cette personne, handicapée certes mais vivante, qui peut dormir, s’éveiller, manger, sourire, pleurer, autrement dit, vivre, ouvre la voie des condamnations massives pour le seul fait d’être anormal.

Si un espoir était perceptible quand, par deux fois, les autorités hospitalières du CHU de Reims, qui ont cherché à faire mourir Vincent Lambert de faim et de soif, se sont vus ordonner de lui prodiguer à nouveau des soins, la décision prononcée ce vendredi 5 juin 2015 par les Juges européens est d’autant plus étonnante. Effectivement, les juges de toute instance nationale confondue se sont prononcés non pas pour l’arrêt d’un traitement médical mais bel est bien pour la mort de faim et de soif d’un individu, d’un être vivant. Quel traitement plus inhumain pourrait être prononcé par les garants de la Justice ? Depuis quand la nourriture et l’eau, sous quelque forme que ce soit, ont été considérés comme des traitements ?

Alors que la répression des traitements inhumains forme un consensus international, il semblerait que tous les traitements ne se valent pas. De ce fait, le métier de bourreau à de beaux jours devant lui au vue de cette nouvelle jurisprudence Lambert. D’autant plus qu’on se souvient de l’émoi de la société civile pour ce chat lancé par un individu semble-t-il en quête de buzz[3] ; malheureusement nous pouvons constater avec amertume qu’un chat vaut mieux qu’un homme. Les juges prennent le costume de Ponce Pilate libérant à la plèbe Barrabas au détriment de Jésus. Le parallèle est simple avec Vincent Lambert, délaissé au profit d’un Barrabas qui aura le mérite quant à lui de pouvoir être considéré comme « normal » par les moutons de Panurge.

A fortiori, on constate avec tristesse ô combien la société s’agite contre les pays pratiquant encore les peines de mort, s’émeut contre les épisodes tragiques d’injonction létale défaillante. Et pourtant, pour ce jeune français, le désintérêt est caractérisé. Politiques, professionnels de la Justice, intellectuels participent de la banalité de cette affaire qui, en soi, est un plaidoyer pour le droit à la vie. Manifestement, les propos de Monsieur le Député Raymond Forni, prononcés au sein de la commission du même nom, ne résonnent plus avec la même force. Ouvrant la conclusion de l’exposé des motifs du rapport sur le projet de loi portant abolition de la peine de mort[4], M. le Député précisait avec intelligence « La France, pays de grande civilisation, se doit de respecter non seulement la tradition d’humanisme, mais aussi les textes fondamentaux qui nous gouvernent, qui s’imposent à nous, et notamment la déclaration universelle des Droits de l’Homme, qui proclame en son article 3 que « tout individu a droit à la vie, à la liberté et à la sûreté de sa personne ». Une nouvelle contradiction quand on constate qu’aujourd’hui 52 % des français seraient, semble-t-il, favorables au retour de la peine de mort[5].

Finalement, pour reprendre la fine plume de Monsieur le Député Forni, « Après des siècles de lutte menée parfois avec âpreté souvent avec passion mais toujours avec conviction et pour laquelle tant de voix se sont élevées, les abolitionnistes savent aujourd’hui que leurs efforts et leur constance n’auront pas été vains »[6]. Je dirai aux parents et aux deux frères et sœurs de Vincent Lambert, je dirai à tous les parents, frères, sœurs, amis, proches connaissant le même drame que la famille Lambert : vous savez que vos efforts et votre constance ne seront jamais vains, votre implication est un modèle de courage et de force dont tout un chacun devrait s’inspirer. A reprendre un célèbre slogan : ONLR !

1)  On relève une tentative d’abolition avortée en 1908

2)  Loi n°81-908 du 9 octobre 1981 portant abolition de la peine de mort

3)  http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/01/31/marseille-l-homme-filme-en-train-de-lancer-un-chat-contre-un-mur-en-garde-a-vue_4358159_3224.html

4)  http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/peinedemort/rapport.asp#expos%C3%A9

5)  http://www.lemonde.fr/societe/article/2015/05/08/les-francais-juges-plus-favorables-a-la-peine-de-mort-qu-en-2014_4630334_3224.html

6)  http://www.assemblee-nationale.fr/histoire/peinedemort/rapport.asp#annexe-rappel%20historique

 

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