• ads
sarko

Le retour « surprise » de Nicolas Sarkozy ou le tout (et son contraire) pour la France

De Virginie Vota Chargée de mission,
. Politique
24 août 2016
207 Vues
Virginie Vota Chargée de mission
Virginie Vota Chargée de mission

« Il s’avance déjà sur le théâtre d’autres hommes qui vont jouer dans une même pièce les mêmes rôles ; ils s’évanouiront à leur tour ; et ceux qui ne sont pas encore, un jour ne seront plus : de nouveaux acteurs auront pris leur place. Quel fonds à faire sur un personnage de comédie ! » (La Bruyère, Les Caractères, « De la cour », 99

Jadis, le petit Nicolas se rêvait en haut de l’affiche, et « pas seulement » lorsqu’il se rasait le matin.

Après beaucoup d’efforts, son rêve se réalisa. Hélas, comme dirait son ami François, il n’eut « pas eu de bol » : son quinquennat connut la plus brutale hausse du chômage de l’Histoire. Les séditieuses statistiques s’emballèrent jusqu’à frôler les 10 % en 2012. Ce sont des choses qui arrivent, nous explique-t-on.

La malchance poursuivit cependant Nicolas : « Je m’engage à ramener la dette en dessous des 60% du PIB d’ici 2012 », affirmait-il dans son programme. Or, la dette publique se révolta, explosant à plus de 600 milliards d’euros, soit plus de 85 % du PIB. Décidément, pas de bol non plus.

Malgré tout, Nicolas Sarkozy avait réussi sa vie. Prenant en pitié les Français qui ne pouvaient arborer, à son exemple, une Rolex au poignet, il annonçait au Congrès de l’UMP en 2007 : « Je veux être le président de l’augmentation du pouvoir d’achat ». Selon l’Observatoire des Inégalités, « entre 2008 et 2012, le nombre de pauvres […] a augmenté de 800 000 » [1]. C’est l’intention qui compte…

Nicolas nourrissait également des projets millénaires. Dans son discours du 17 décembre 2008 à l’Ecole polytechnique, il entendait « relever le défi du métissage que nous adresse le XXIème siècle » [2]. En 2006, le futur candidat déclarait dans le quotidien Témoignage que « la France d’après (…), c’est une France où l’expression “Français de souche” a disparu ». Saluons sa franchise, et n’oublions pas ces mots.

Enfin, pressentant sa défaite aux prochaines élections, Nicolas avait modestement préparé son retrait de la vie politique, quelques mois auparavant : « Vous n’entendrez plus jamais parler de moi » promettait-il. Le silence est d’or.

En 2012, déposant leur bulletin dans l’urne, les Citoyens se jetaient alors de Charybde en Sylla. Un quinquennat exténuant s’achève bientôt. Au bout de sa peine, l’actuel Président de la République se confiait, le 18 août 2016 : « c’est plus dur que ce que je avais imaginé » [4]. Qui assurera la relève ?

Nicolas, pardi, quelle surprise, voyons ! Torturé par des nuits ou des jours d’introspection, il a longuement réfléchi, hésité et médité, jusqu’à trouver au fond de lui « la force pour mener ce combat à un moment si tourmenté de notre histoire » [5]. L’air grave, il nous livre cette intime confession : « J’ai essayé d’être le plus honnête possible vis-à-vis des autres, de ma famille, comme de moi-même ».

Après ces terribles tergiversations, Nicolas a finalement « écouté » sa conscience : vous pourrez voter pour lui aux Présidentielles ! La France tousse. « Ce fut comme un soulagement car l’évidence s’était imposée », admet-il. On croirait presque entendre « De Gaulle, cet être fabuleux » ainsi qu’il se nommait lui-même dans ses Mémoires, acceptant à deux reprises la « lourde responsabilité » de revenir sauver la France.

Alors qu’un maire inventait une expression poisseuse de niaiserie, « l’identité heureuse », le petit Nicolas comprend mieux ce que veulent les Français. Grand séducteur, il connait les mots justes, ceux qu’il faut imprimer dans les journaux, ceux qu’il faut prononcer lors des congrès, ceux qu’il faut diffuser depuis l’écran des télévisions, pour recueillir suffisamment de bulletins à son nom : « Il n’y a plus d’identité française dans une société devenue multiculturelle » [6]. Français de souche, vous connaissez l’adage : seuls les idiots ne changent pas d’avis. Un adage qui en arrange beaucoup.

Pour Nicolas, « la France exige qu’on lui donne tout ». Son livre vous le prouvera : un véritable chemin de croix démarre. La pente est rude, la côte du candidat baisse déjà dans les sondages. Que n’inventera-t-il pas pour dompter les chiffres ?  Sa campagne médiatique sera-t-elle aussi bien rôdée que la première pour tromper les électeurs ?

Car Nicolas est un flatteur né, qui pirouette sur lui-même le nez au vent pour flairer la bonne orientation. Citoyens, serez-vous dupes ?

« Il coûte si peu aux grands à ne donner que des paroles, et leur condition les dispense si fort de tenir les belles promesses qu’ils vous ont faites, que c’est modestie à eux de ne promettre pas encore plus largement. » (La Bruyère, Les Caractères, « Des grands », 6)

NOTES & SOURCES :

[1] Observatoire des inégalités, « La pauvreté progresse en France », 29 mars 2016 :  http://www.inegalites.fr/spip.php?article270

[2] Blog Préchi-Précha, florilège de déclarations à lire avant de voter : http://www.prechi-precha.fr/sarkozy-dans-le-texte-a-lire-avant-de-voter/

[3] Extrait de l’allocution du Président de la République, Nicolas Sarkozy, lors des vœux au corps diplomatique étranger le 16 janvier 2009 : https://www.youtube.com/watch?v=xQeyvwIDLUw

[4] Tristan Quinault Maupoil, « Hollande se livre : «C’est dur, plus dur que ce que j’avais imaginé» in Le Figaro, le 18 août 2016 :  http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/citations/2016/08/18/25002-20160818ARTFIG00088-hollande-se-livre-c-est-dur-plus-dur-que-ce-que-j-avais-imagine.php

[5] Tristan Quinault Maupoil , « Nicolas Sarkozy : «J’ai décidé d’être candidat à l’élection présidentielle» », in Le Figaro, 22 août 2016 :  http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/coulisses/2016/08/22/25006-20160822ARTFIG00165-nicolas-sarkozy-j-ai-decide-d-etre-candidat-a-l-election-presidentielle.php

[6] Valeurs Actuelles, « Sarkozy : « il n’y a plus d’identité française dans une société devenue multiculturelle » », le 25 novembre 2015 : http://www.valeursactuelles.com/politique/pour-nicolas-sarkozy-il-ny-plus-didentite-francaise-dans-une-societe-devenue

 

  • Commentaires

    Commentaires