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La momie du PCF, Robert Hue chez le banquier Macron, ou la mort de la Politique

De Jonathan Sturel, jonathan-sturel.blogspot.fr
. Politique
27 avril 2017
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Jonathan Sturel
Jonathan Sturel
jonathan-sturel.blogspot.fr

Il n’a échappé à personne que depuis qu’elle a commencé, cette campagne présidentielle ressemble plus que toutes les précédentes à un immense cirque où personne ne semble vouloir tenir la place à laquelle son parcours et sa position politique le destinent. La présence dans la course d’Emmanuel Macron est l’un des principaux éléments qui expliquent cette apparente anarchie. Puisqu’il donne l’impression, grâce à sa relative fraicheur médiatique, de venir de nulle part, il attire à lui ceux qui n’ont nulle part où aller ; par exemple parce qu’ils sont depuis longtemps disqualifiés du jeu politique ou parce qu’ils y campent des rôles secondaires. Et qu’Emmanuel Macron, porté par les médias, leur semble capable principalement pour cette raison d’offrir une seconde vie à ces momies.

Au catalogue des momies en question, il s’en trouve une qui nous arrive directement de l’ère glaciaire : Robert Hue.

Ancien patron du PCF, le « communiste à tête de nain de jardin » disait Jean-Marie le Pen, Hue, désormais à la tête de son mouvement, le Mouvement des progressistes, s’est fendu sur son site d’un billet surréaliste dans lequel il fait tour à tour le procès et les yeux doux à Emmanuel Macron.

Il est vrai qu’avoir troqué l’étiquette du « communiste » pour celle, plus passe-partout, de « progressiste », permet à l’ancien candidat rouge de voguer avec plus de souplesse et moins de scrupules d’une eau fangeuse de gauche à une autre.

Pour des raisons qu’il explique dans son billet, Robert Hue a décidé subitement que le banquier d’affaires des Rothschild, ami des milliardaires et copieusement aidé par ceux de ces milliardaires qui possèdent des grands médias, pourrait bien faire l’affaire. Notamment, dit-il, parce qu’il s’est engagé dans la voie de « la moralisation de la vie politique », un combat qui sied d’autant plus à Mr. Hue qu’il milite lui aussi pour cette moralisation. Autre élément du discours qui a convaincu Robert Hue de la pertinence du choix Macron : l’engagement de ce dernier en faveur d’une plus grande transparence des comptes publics et sociaux.

Voilà résumée toute la vacuité politique de notre époque. L’exemple du ralliement de l’ancien communiste à l’ancien banquier d’affaires, et spécifiquement pour ces raisons, démontre à lui seul, tout anecdotique qu’il est, que nous sommes incontestablement entrés dans l’ère du vide politique.

Vide politique étant la meilleure façon d’appeler un système et un échiquier politiques où des militants, plutôt des anciens militants, renoncent à prendre à bras le corps un véritable engagement, avec des vraies idées dedans, qu’importe ce qu’elle valent mais qui au moins donnaient une singularité, une saveur, du panache même, au combat politique.

Au lieu de défendre une vision politique, un paradigme, un corpus idéologique clairement défini par des contours francs et honnêtes, on préfère désormais, à l’instar de Robert Hue, se contenter de quelques formules parfaitement génériques, pour ainsi dire universelles dans la mesure où elles peuvent être prononcées, et le sont d’ailleurs, par n’importe quel candidat, sans distinction de parti ou de chapelle.

Car quel homme politique aspirant à des fonctions électives, dans le climat de défiance actuel, prétendra ne pas vouloir « moraliser » la fonction politique, ou dira militer pour une plus grande opacité dans les comptes publics ?

La posture de Robert Hue est la démonstration qu’il n’y a plus aujourd’hui de sacerdoce politique, d’opposition vitale entre plusieurs visions du monde ayant chacune à cœur d’organiser les conditions de l’établissement du bonheur et de la prospérité pour les hommes.

Désormais on choisit son poulain sur la base de quelques pieuses promesses, tout-à-fait abstraites, incapables d’identifier un acteur politique d’un autre, assez séduisantes pour charmer l’électeur mais assez creuses pour n’engager à rien de véritablement mesurable politiquement en cas de succès électoral.

Le placement de l’engagement politique, et de son préalable la mise en perspective d’une ligne idéologique et philosophique, sous la tutelle des journalistes, des maîtres-censeurs gorgés de moraline bien-pensante et des décideurs autoproclamés de ce qui est acceptable ou non, a tellement aseptisé le débat, affadi l’offre politique, empêché que l’on se batte pour ses idées plutôt que pour être le plus télégénique possible, qu’une génération d’hommes politiques, et à sa suite une armée de militants et d’électeurs, ont émergé et toutes occupent maintenant non seulement le champ électoral, mais le champ des idées lui-même.

Le « phénomène Macron », et les ralliements antagonistes qu’il enregistre, est une conséquence dont nous ne pouvions pas faire l’économie de cette destruction de la politique virile.

Notre critique pour être complète devrait évoquer avec profondeur un élément que nous nous contenterons de citer seulement aujourd’hui : la multiplication des scrutins électoraux, avec leurs interminables défilés des électeurs, ce que nous pourrions appeler « l’électoralisation de la politique », participe également du grand mouvement d’aseptisation de l’affrontement des idées, en ce sens qu’ainsi indexé à l’urne, l’engagement politique est conditionné par ces impératifs de compétition ; et ceux qui cherchent à exister, au lieu de faire l’effort d’une réflexion authentique, se contentent de parier sur les candidats offrant les plus grandes chances de victoire.

Il n’y a pas beaucoup d’autres raisons qui expliquent qu’aujourd’hui de plus en plus de membres de Les Républicains appellent au remplacement de François Fillon par Alain Juppé pour représenter leur segment de marché électoral, alors que les deux hommes sont chacun le pôle inversé de l’autre sur un certain nombre de sujets de premier ordre ; ou qu’un Robert Hue décide de suivre un Emmanuel Macron.

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