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Gouvernement Macron/Philippe : beaucoup de bruit de réformes pour pas grand-chose.

De Eric Baumgartner Chef d'entreprise,
. Economie
17 novembre 2017
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Eric Baumgartner Chef d'entreprise
Eric Baumgartner Chef d'entreprise

Il existe plusieurs méthodes pour dresser le bilan de l’action d’un gouvernement, et celle qui consiste à comparer ce qui est nécessaire au pays avec ce qui a été réellement entrepris comporte un énorme avantage : celui de ne pas se faire embarquer sur le terrain des éventuelles réformettes et des faux progrès dont le gouvernement nous abreuverait afin de faire illusion.

La France, des difficultés parfaitement connues et qui ne datent pas d’hier.

La France se shoote au keynésianisme, de nature à compenser les crises de la demande, depuis la fin des années 70 avec les résultats que l’on sait, alors qu’elle souffre d’une sérieuse chute de sa compétitivité, ce qui n’est rien d’autre qu’une crise de l’offre. La  dégringolade de nos parts de marchés mondiales sur ces 20 dernières années (-50% sur l’industrie, -20% sur les services), le chômage de masse et la grande pauvreté constituent la parfaite signature des handicaps qui nous accablent :

  • un mille feuille étatique qui asphyxie l’économie par son train de vie et par sa dette
  • un taux de prélèvement qui plombe le bénéfice des entreprises et des ménages, et qui freine la prise de risque
  • un droit du travail qui dissuade autant de licencier que de recruter
  • des discriminations de salaires et de cotisations entre le public et le privé
  • un syndicalisme aussi archaïque que toxique
  • un système éducatif en perte de vitesse et idéologisé
  • des médias majoritairement anti-libéraux

Examinons maintenant ce que le gouvernement Macron/Philippe a réellement entrepris sur chacun de ces points.

Un mille feuille étatique qui asphyxie l’économie

Avec près de 40% de sa population active qui travaille pour l’Etat, la France détient un record qui la rapproche d’un pays communiste comme la Chine !

Libéraléco5

 

Un emploi public détruit deux à trois emplois privés, selon les économistes. La corrélation entre taille du secteur public et faible croissance ne fait d’ailleurs aucun doute, celle-ci est en effet amplement démontrée (ici à l’échelle européenne) :

Libéraléco3

 

C’est bien l’obésité de l’Etat français qui est à l’origine d’un tel niveau de prélèvement, cet Etat qui, excusez du peu, emploie deux fois plus de fonctionnaires que les 83 millions d’Allemands et plus de ministres que les Etats-Unis ! De toute évidence, rationalisation, optimisation et désendettement devraient être les leitmotivs d’une réforme urgente et de grande ampleur de l’Etat.

Or, en juin 2017, aussi incroyable que cela puisse paraître, le premier ministre E.Philippe attendait l’audit des résultats du gouvernement Hollande pour savoir : « s’il faut jouer, d’ici la fin de 2017, sur une réduction de dépenses et à quel niveau ». Et en septembre, comble de l’irresponsabilité, le gouvernement a revu à la baisse son plan d’économies pour le projet de loi de finances 2018, l’objectif de 20 milliards étant ramené à 16 milliards d’euros ! Que pesaient d’ailleurs ces 20 milliards par rapport aux 2000 milliards d’euros de la dette ? Une ridicule goutte d’eau (1% environ). Tout est donc très clair : il ne faut pas compter sur une réforme de l’Etat.

Un taux de prélèvements qui plombe le bénéfice des entreprises et des ménages, et qui éloigne les investissements

La France détient quasiment le record des prélèvements de toutes sortes, elle est le royaume de la distribution, à un niveau qui nous consacre parmi les pays les plus ponctionnés de la planète :

Libéraléco2

 

Alors que nos entreprises sont moins profitables qu’ailleurs en Europe, alors que l’exode de nos jeunes talents et de nos riches atteint des niveaux exceptionnels (étude New World Health 2016), le gouvernement a décidé de refinancer la taxe de 3% sur les dividendes, taxe jugée pourtant illégale par le Conseil Constitutionnel, en créant une taxe spécifique ! Bon prince, ou particulièrement cynique, le ministre de l’économie B.Le Maire vient d’annoncer qu’il assume la moitié de l’effort, et demande aux 320 entreprises concernées de payer le reste « par civisme ». Ainsi, le gouvernement Macron/Philippe refuse d’assumer l’erreur du gouvernement précédent, dont le Président actuel était le ministre de l’Economie. Outre l’aspect odieux de cette « surtaxe », c’est le symbole même d’un Président réformateur qui vole en éclat. Avec une telle exaction, le gouvernement a perdu toute crédibilité.

Mais comment s’en étonner de la part d’un pouvoir qui ose annoncer « des baisses d’impôts financées par une hausse de la CSG » ? N’est ce pas prendre les français pour des imbéciles ? Et tenter de masquer son impossibilité structurelle de diminuer la manne fiscale, véritable drogue dont il est incapable de se sevrer ?

Certes, du fait de la réforme actuellement engagée, certaines catégories verront leur pression fiscale allégée. Mais seule une minorité de français en bénéficiera. Car en réalité, les hausses d’impôts vont frapper très tôt dans l’échelle des salaires :

  • les retraités percevant plus de 1200 euros de retraite mensuelle !
  • plus généralement, l’ensemble des classes moyennes (cf. l’analyse de S.Laye Figaro 10/17) !

Taxer une majorité de français afin de diminuer l’imposition d’une minorité paraît moralement discutable et économiquement inefficace. Il s’agit probablement même d’une grotesque imposture puisque la pression fiscale devrait augmenter pour plus de la moitié des ménages ! Tout cela prouve combien le gouvernement est considérablement en deçà de la réforme nécessaire, cette réforme qui doit nous rapprocher du niveau de prélèvement un peu plus décent pratiqué par nos voisins européens notamment.

Un droit du travail dissuasif

Dans ce domaine, les efforts du gouvernement Macron/Philippe sont tangibles. On peut éventuellement critiquer la méthode choisie (par ordonnances) mais les changements prévus vont dans le sens d’une meilleure fluidification du marché du travail, en donnant plus de latitudes aux entreprises, y compris jusqu’au référendum lorsque cela est nécessaire, et en limitant les possibles abus des décisions des prud’hommes ou la lourdeur des indemnités exigées en cas de licenciement. On peut juste déplorer que ces mesures, bien que positives, ne s’attaquent pas à la complexité de la législation, et risquent au contraire de l’accroître par de nouvelles dispositions. Quoi qu’il en soit, quand bien même cette réforme semble plus ambitieuse que celle engagée par M.Khomri, elle ne bouleversera pas la donne de façon significative. Pourquoi ? Parce qu’elle se trouve bien isolée : que peut-elle changer sans une profonde réforme de l’Etat et une baisse drastique des charges qui pèsent sur les entreprises ?

Inégalités entre le privé et le public

Bien que discriminatoires, et choquantes aux yeux des étrangers, puisque à niveau de responsabilité égal, un fonctionnaire gagne plus, cotise moins, et bénéficie d’une retraite meilleure et plus longue qu’un travailleur du privé, ces inégalités font partie du paysage français. Réformer le régime des pensions serait un minimum, même si les inégalités touchent également les niveaux de rémunération. Le candidat E.Macron avait promis de s’atteler aux retraites. Mais strictement rien n’a été fait jusqu’à présent, concernant son fameux « système de retraite universel ». Et toujours rien n’a été promis non plus en ce qui concerne les différences de salaire.

Visiblement, tout ce qui touche au train de vie de l’Etat (et à ses agents) semble avoir bizarrement tétanisé les volontés du gouvernement Macron/Philippe.

Un syndicalisme d’un autre âge

C’était une promesse de N.Sarkozy qu’il n’avait hélas pas tenue. F.Hollande, quant à lui, s’était bien gardé d’entreprendre quoi que ce soit dans ce domaine, tellement les syndicats sont puissants (du point de vue de leur capacité de nuisance) et recrutent principalement leurs adhérents à gauche. Moins de 8% des travailleurs français sont en effet syndiqués, avec une surreprésentation des fonctionnaires, à des syndicats majoritairement politisés pour ne pas dire idéologisés. FO, CGT et Sud sont généralement peu enclins à considérer les intérêts de l’employeur à moyen terme, favorisant systématiquement la négociation par la force au bénéfice des travailleurs à très court terme. Quitte à nuire à l’emploi, tout cela sur fond de grèves à répétition coûteuses pour la collectivité. Certes, l’usage du référendum que suggère le gouvernement peut aider à contourner les organisations syndicales. Mais certaines entreprises n’ont pas attendu Macron pour mettre en place une telle consultation. Et cela n’enlèvera pas la folle capacité de destruction des plus virulentes de ces organisations.

En réalité, la seule réforme dans ce domaine concerne le « chèque syndical », sorte de crédit donné à chaque travailleur pour qu’il le reverse au syndicat de son choix. Ce système « administré », bizarrement alambiqué, n’est bien évidemment pas exempt de critiques, notamment concernant sa capacité à faire croître le taux de syndicalisation, ou encore la possibilité qu’il ouvre la porte à des hausses des cotisations futures. Surtout, personne ne voit en quoi ce système bureaucratique de chèques à allouer pourrait mettre un terme aux méthodes délétères et contre-productives des syndicats les plus radicalisés.

Un système éducatif en perte de vitesse

La suppression de la réforme Belkacem a été une décision unanimement saluée. Les mesures prises lors de cette rentrée vont également dans le bon sens, et c’est sans doute dans le domaine de l’éducation que le gouvernement Macron semble le moins velléitaire et le moins brouillon. A noter d’ailleurs que le ministre de l’éducation, J.M.Blanquer, est l’un des très rares ministres issus du monde de l’entreprise ! Cette nomination semble particulièrement judicieuse au regard de la trajectoire de notre pays dans des classements internationaux comme PISA…

Toutefois, rien ne semble prévu jusqu’à présent en matière d’enseignement de l’économie, domaine sur lequel les classements comparatifs européens positionnent les français à une place très médiocre. L’orientation quasi marxiste des contenus dans le secondaire ainsi qu’à l’université de lettres ou encore dans les écoles de journalisme (VA 12/16) constitue un danger pour la pluralité des idées et pour le bon fonctionnement de la démocratie. Selon le prix Nobel d’économie E.Phelps, cette inculture économique constitue un frein à la croissance. Il est particulièrement dangereux en effet que seuls Keynes, Marx et Piketty soient aux programmes, et que les exercices tournent autour d’articles issus d’Alternatives Economiques. Le fait que 9 candidats à la présidentielle de 2017 sur 11 proposaient un programme étatique voire communiste est une conséquence directe de ce lavage de cerveau subit à l’école depuis des décennies. Or rien pour le moment n’est engagé ni prévu pour nettoyer l’Education Nationale de son idéologie.

Des médias majoritairement anti-libéraux

A la fois conséquences et acteurs du gavage idéologique au Lycée et à l’Université, la grande majorité des médias représentent eux aussi un danger pour l’avenir de l’hexagone. En désinformant systématiquement les citoyens dans le but de les tenir éloignés des solutions non étatiques, les médias tout comme l’Education Nationale interdisent de fait toute réforme libérale. Il est certes paradoxal de demander à un gouvernement socialiste (ou majoritairement socialiste) comme celui de Macron/Philippe de casser une filière qui l’a nourri. Pour autant, la quasi absence de contre pouvoir médiatique est un problème majeur. La France se classe au 39ème rang en terme d’indépendance de la presse (RSF 2017).

Pour le moment, rien n’est fait dans ce sens par le gouvernement Macron. Au contraire, à peine élu, le Président lui-même a émis le souhait de choisir les médias qui allaient couvrir ses déplacements et son actualité, ce qui n’est rien d’autre qu’une tentative d’accroitre cette mainmise sur les moyens d’information !

En conclusion, il faut admettre que le gouvernement actuel est habité d’une plus grande ambition et d’un plus grand courage que le gouvernement précédant (ce qui n’est pas difficile il est vrai).

Toutefois, à l’aune des réformes engagées et de celles qui ne le sont pas, force est de constater que le gouvernement Macron/Philippe ne brille ni par sa cohérence, ni par son envergure. Surtout, en refusant de s’attaquer au train de vie de l’Etat et à l’abus de pression fiscale, le gouvernement se prive des deux leviers les plus importants. Ses atermoiements concernant les impôts, les taxes, la CSG, et sa scandaleuse surtaxe confirment son incapacité à sortir du carcan socialiste basé sur toujours plus d’impôt. Et ce n’est pas la petite réforme du droit du travail qui, bien que positive, changera quoi que ce soit à elle toute seule.

Un certain espoir est permis toutefois côté Education Nationale. Mais rien ne semble possible à court terme ni sur le plan des inégalités privé/public ni sur l’indépendance des médias.

 

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