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Arnaud Dassier ITW

… avec Arnaud Dassier

De Mike Borowski, Rédacteur en Chef de La Gauche M’a Tuer
. interviews
10 septembre 2014
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Mike Borowski
Mike Borowski
Rédacteur en Chef de La Gauche M’a Tuer

Interview d’Arnaud Dassier

LGMT: Vous faites partis de la famille libérale, comment pouvez-vous expliquez que cette famille politique soit si peu nombreuse et si dispersée dans notre pays, puisque nombres de tout petits partis la composent ?

Arnaud DASSIER: Elle est dispersée mais je crois qu’elle est beaucoup plus nombreuse que ce que l’on peut en voir en surface. Beaucoup de libéraux ont abandonné l’action militante, ou ne l’ont pas rejointe, faute de leader libéral affirmé et charismatique, après la fusion de Démocratie Libérale dans l’UMP et le départ d’Alain Madelin de la vie politique active.

Je pense aussi qu’il y a beaucoup de gens qui sont libéraux dans leurs idées, mais ne sont pas des libéraux conscients et affirmés, effrayés par les oukases staliniennes contre « l’ultra-libéralisme » qui sont proférées pour discréditer les libéraux, y compris par des responsables politiques de droite.

Bref, les libéraux ont besoin de réhabiliter les idées libérales, de se rassembler et de faire émerger une nouvelle génération politique. C’est la vocation du Parti Libéral Démocrate.

LGMT: Pourquoi son message a autant de mal à passer en France au contraire de tous les pays occidentaux, alors que le libéralisme est une conception française ?

Arnaud DASSIER: Vous avez raison de rappeler que la moitié des penseurs libéraux sont français, et que le libéralisme a été la philosophie et le courant politique dominant en France de la Révolution française jusqu’à la première guerre mondiale.

La France est un pays centralisé qui s’est construit, à partir d’une mosaïque de peuples, sur la volonté politique de fer de Rois servis par des corps intermédiaires et une administration qui n’ont cessé de se développer. De plus, l’esprit Français a un penchant prononcé pour l’abstraction et les belles idées théoriques, là où nos voisins sont beaucoup plus pragmatiques. Vous avez aussi l’égalitarisme et le rejet de l’argent issus d’une culture catholique profondément ancrée dans les mentalités de Français qui sont longtemps restés avant tout des paysans.

Tout cet héritage a constitué un terreau favorable aux idées socialistes et bonapartistes, à l’Etatisme et à la bureaucratie.

Suivant les préceptes de Gramsci, les socialistes ont sur investir les lieux du pouvoir intellectuel : culture, éducation et média. Et en chasser progressivement ceux qui ne pensaient pas comme eux. Ce noyautage a été grandement facilité par le fait qu’en France, ces lieux ont longtemps été, et sont toujours, sous le contrôle direct ou indirect de l’Etat, là où ils sont beaucoup plus décentralisés et autonomes chez nos voisins. Les Libéraux et la Droite conservatrice, plus intéressés par le pouvoir politique et les activités économiques les ont laissé faire. A partir de ces lieux de pouvoir intellectuel, ils diffusent depuis quelques décennies une pensée collectiviste, anti-capitaliste et anti-libérale, dès l’école, qui a fini par imprégner profondément les esprits d’une grande majorité des Français. Cela explique que ces idées demeurent dominantes dans le débat public alors qu’elles ont échoué partout et que leur échec en France est de plus en plus évident et dramatique.

La crise que connait la France depuis 30 ans va bientôt atteindre son paroxysme. Cela contribue à ouvrir les yeux des Français sur l’impasse dans laquelle nous a conduit le collectivisme. Le bon sens et l’esprit de Liberté finiront par reprendre leurs droits. La question est de savoir quand et de s’y préparer pour offrir une vraie alternative, et pas un énième retour du socialisme de droite.

 

LGMT: Je viens de découvrir que vous étiez à l’UDI, pourquoi ce parti alors que vos valeurs ne sont pas spécialement celles de l’ancienne démocratie chrétienne ? N’aviez-vous pas votre place à l’UMP ? Ou bien une union de l’ensemble des partis libéraux n’était-elle pas possible ?

Arnaud DASSIER: J’ai été un fondateur de l’UMP en tant que membre de Démocratie Libérale, et j’ai soutenu cette démarche. Cela me semblait aller dans le sens de l’efficacité et je pensais que les idées libérales y seraient dominantes.

Malheureusement, sous l’égide d’Alain Juppé et de la culture bonapartiste RPR, l’UMP est très rapidement devenue une caserne au service de l’ambition présidentielle de son chef. Le débat intellectuel y a été éteint (ou tout du moins ramené au minimum syndical d’un travail très conformiste sur un projet politique à but électoral), les courants étouffés, et les électrons libres privés de responsabilités et d’investitures, et poussés au départ.

J’ai la nostalgie d’une UDF ou chacun pouvait s’exprimer sans craindre d’être excommunié. Ou les indépendants, élus de terrain, pouvaient encore résister aux machines politiques au service d’un chef et de barons locaux.

Avec l’UDI, nous rejoignons une famille politique diverse ou les Libéraux ont une place reconnue et attendue, ou la liberté d’expression et le respect des convictions des autres ne sont pas de vains mots mais une éthique personnelle. Nous voulons reconstruire cette famille politique des indépendants qui a toujours existé et existera toujours, car elle correspond à une réalité philosophique, politique, historique et sociologique.

A l’UMP, les Libéraux ont choisi une stratégie de discrétion, en se cachant derrière le mot « humaniste » et en créant un courant avec des Gaullistes sociaux, qui sont à l’opposé de leurs convictions… Si les Libéraux ne sont pas même pas prêts à défendre leurs idées, de manière affirmée et cohérente, au sein de l’UMP, comment pourraient-ils le faire avec succès auprès des Français ? D’ailleurs, cette stratégie de l’écran de fumée a été un échec. Malgré la présence d’une majorité de parlementaires, ce courant n’a enregistré que 18% des voix. Le consensus mou ne rassemble pas. Il évapore. C’est pourquoi nous avons choisi une stratégie d’affirmation forte de nos idées, jusque dans le nom de notre Parti Libéral, et d’alliance politique et électorale au sein d’une famille de partis libres, ou notre identité et notre liberté d’expression seront respectés et valorisés, plutôt que celle de la fusion (c’est à dire de la disparition) dans une machine électorale au service d’un chef.

Nous appelons tous les libéraux, qui n’ont jusqu’à maintenant pas trouvé d’offre politique convaincante, ou qu’ils soient perdus à l’UMP, à nous rejoindre. Le moment est venu de reconstruire la famille libérale pour préparer les échéances électorales. C’est le bon moment, car nous avons devant nous les municipales de 2014, qui sont le premier pas pour faire émerger une nouvelle génération politique.

LGMT: Les libéraux français sont pour la plupart des progressistes, et sont obligés de s’allier au centre/droit au contraire des libéraux occidentaux qui sont des libéraux économiques mais des conservateurs sur les questions de société. Est-ce parce que le libéralisme français doit forcément s’accompagner avec une certaine idéologie de gauche pour percer ? Ou le libéralisme français n’est pas assumé par ses adeptes ? Celui-ci ne se revendiquant jamais de droite.

Arnaud DASSIER: Au fond, le Libéralisme n’est ni de droite ni de gauche. Le vrai clivage est entre le collectivisme et le libéralisme. Les libéraux ont d’ailleurs été classés à gauche au 19ème siècle car ils visaient alors à promouvoir les libertés individuelles contre un ordre social trop autoritaire.

 

Libéralisme ne veut pas dire promouvoir les libertés sans limite. Les Libéraux reconnaissent la nécessité d’un ordre social et de règles qui protègent les minorités, les libertés, le droit de propriété et de sécurité. La liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres.

De nos jours, les Libéraux sont plutôt à droite et conservateurs car, depuis 1968, le constructivisme dominant vise à modifier, voire à bouleverser, de manière volontariste un ordre social spontané et un héritage culturel, issus de plusieurs siècles de pratiques et de coutumes. Ces constructivistes veulent promouvoir un nouvel ordre social ou l’Etat nounou n’aurait face à lui qu’une masse d’individus désarmés, privés de corps intermédiaires spontanés et de leurs libertés, pour protéger leurs droits fondamentaux. Les Libéraux respectent la tradition quand elle est issue de l’exercice des libertés individuelles pendant une longue période. Ils respectent l’ordre quand il est consenti par les individus pour protéger leurs droits. Et ils combattent tous ceux, de droite comme de gauche, qui veulent imposer à tous, d’autorité, leur vision de la société en se servant de pouvoir politique.

LGMT: Vous avez fait la campagne de Nicolas Sarkozy en 2007. Qu’est-ce qui vous a attiré chez lui ?

Arnaud DASSIER: Comme tout le monde, son énergie, son parler vrai et son charisme. Et sur le fond, son discours sur le mérite et le travail, et la nécessité de les libérer et de les valoriser.

LGMT: Et comme vous l’avez quitté en 2011. Qu’est-ce qui a fait que l’ayez quitté ?

Arnaud DASSIER: J’ai été rapidement déçu de constater que cette énergie était mise au service de fausses réformes, superficielles et contradictoires. Nicolas Sarkozy a réussi à freiner certaines dérives du « modèle » français mis en place en 1945 et en 1968 . Mais il ne l’a pas réellement réformé, ce qui passe par une véritable remise en cause de ses principes collectivistes. Du coup, il a finalement échoué à inverser le cours des choses, et à remettre la France sur de bons rails, comme l’ont fait Reagan, Thatcher, Schroeder, les Canadiens ou les Suédois.

J’ai été séduit par le discours de vérité de Bayrou sur la dette. Malheureusement lui non plus n’en n’a pas tiré les conséquences politiques et pratiques dans son projet, et est resté enfermé dans le ron-ron du conformisme intellectuel et politique du « modèle » français, c’est à dire dans son cas et celui de beaucoup de centristes, une forme soft de socialisme. Et, de ce fait, sa campagne n’a pas émergé. L’UDI est d’ailleurs guettée par le même danger, et une des tâches du PLD sera de réinjecter une bonne dose de libéralisme, de modernité et d’audace dans son projet, pour retrouver un point équilibre plus proche de l’UDF que du PS ou des Verts.

LGMT: Pensez-vous que le mandat de Nicolas Sarkozy était réussi ? Et pour le coup pourquoi celui-ci a-t-il perdu ? Doit-on faire un droit d’inventaire des années Sarkozy comme le réclament certains à droite ?

Arnaud DASSIER: Il n’est pas interdit de réfléchir après une succession de défaites. Il ne s’agit pas de juger ou de critiquer, mais d’analyser et de comprendre. L’UMP a préféré malheureusement s’enfermer dans le culte du chef déchu, puis dans la guerre des chefs.

La Droite perd à chaque fois depuis 1981 car elle déçoit systématiquement les espoirs que les Français ont placé en elle. Elle ne fait pas bouger les lignes, ni sauter les carcans qui étouffent les Français, et plus particulièrement l’économie. Elle se contente de gérer un système interventionniste et bureaucratique, d’inspiration socialiste. Elle ne le remet pas en cause. Au final, la Droite a fait très peu de vraies réformes libératrices et s’est donc interdite d’enregistrer des résultats significatifs sur le front économique. Elle gère le déclin et semble impuissante. Elle désespère son électorat qui ne se mobilise pas, et la gauche passe, alors qu’elle est plutôt minoritaire.

LGMT: Qui sera pour vous le futur leader de la droite et du centre s’il existe ? Et quel doit-être son positionnement ? Devra-t-il faire à terme une alliance avec le Front national ?

Arnaud DASSIER: Je pense que les Français attendent un homme crédible et libre, assez courageux pour tenir un discours de vérité et promouvoir des remises en cause profondes et les réformes nécessaires, en leur donnant un sens et une direction claire et cohérente.

Le Front national a un projet socialiste. La différence avec le PS, c’est que le FN veut conserver le bénéfice de ce modèle socialiste pour les seuls Français, ce qui est assez logique et légitime d’ailleurs. D’ou un certain succès électoral, qui risque d’aller croissant avec l’approfondissement de la crise économique et identitaire. S’allier avec lui ce serait donc retomber dans l’ornière habituelle du socialisme de Droite. Je préfère combattre les idées du FN.

Est-ce qu’une alliance avec le FN permettrait de discréditer ses discours démagogiques et de le réduire comme ce fut le cas du PC ? C’est probable. Mais avant, il faut d’abord que le Centre et la Droite retrouvent une position de force politique et idéologique. Je préférerais nettement que nous n’ayons pas besoin d’une telle alliance. A nous d’être convaincant et d’attirer à nouveau les électeurs vers nos idées.

Par contre, ne comptez pas sur moi pour diaboliser le FN et ses électeurs. Je suis un partisan de la liberté d’expression et du combat politique par le débat, et non par la censure, une technique inefficace et liberticide qui mène au pire.

LGMT: Enfin comment jugez-vous les premiers mois de François Hollande ? Pensez-vous que la courbe du chômage sera inversée ?

Arnaud DASSIER: François Hollande est un vrai socialiste, même si ses convictions le portent plutôt sur l’aile modérée. La société française, telle qu’elle est organisée aujourd’hui, correspond globalement à son modèle de société. Ce sera donc un Président conservateur pour l’essentiel.

Il n’y évidemment aucune chance de voir la courbe du chômage s’inverser puisqu’aucune réforme de libération des énergies économiques et de réduction des dépenses publiques n’est conduite. Bien au contraire, le matraquage fiscal prive les entreprises françaises de moyens d’investir et d’embaucher, et même les fragilise dangereusement, car elles avaient déjà depuis 10 ans les marges les plus faibles d’Europe. On va assister à une succession dramatique de plans sociaux en 2013. François Hollande va regarder la France tomber, prisonnier d’une idéologie et d’un électorat qui refusent toute remise en cause. Ca risque de mal finir.

LGMT: Question subsidiaire : Vous êtes l’un des cofondateurs d’Atlantico un pure player dit « liberal », pourquoi ne pas revendiquer qu’il s’agit d’un média de droite comme le fait Rue89 ou Mediapart ?

Arnaud DASSIER: Atlantico est avant tout un média ouvert à des opinions diverses, de la gauche libérale jusqu’à la droite conservatrice. Ces idées n’avaient pas beaucoup de débouchés sur les média français. D’ou son rapide succès d’audience et les centaines de contributeurs qui y écrivent.

Les commissaires idéologiques qui gardent le petit périmètre autorisé du débat politique en France aiment bien coller des étiquettes à leurs adversaires, pour mieux les discréditer. C’est la fameuse technique stalinienne du Reductio at Hitlerum, version moderne de « Caricaturez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ». Les Libéraux sont des « ultra », et Atlantico est un média « de droite », façon d’en limiter par avance le succès et la crédibilité.

Qu’il ne leur en déplaise, nous sommes avant tout des hommes libres, qui regardent le monde tel qu’il est, et en tire des conclusions de bon sens. Et nous sommes plus nombreux qu’ils ne le pensent et qu’ils le voudraient. Heureusement, leur temps s’achève, leurs journaux se vendent de moins en moins, les esprits et la parole se libèrent. Atlantico est un des outils de cette nécessaire libération.

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