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Doit-on interdire le voile à l’université ?

De Paul Le Réactionnaire, Blogueur et Youtubeur politique
. Politique
6 mars 2015
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Paul le Réactionnaire blogueur « société »
Paul Le Réactionnaire
Blogueur et Youtubeur politique

Sans doute vais-je surprendre certains lecteurs de La Gauche M’a Tuer puisque, pour une fois, je vais me positionner à contre-courant des idées de nos lecteurs. En effet, en quelques lignes, je vais vous expliquer pourquoi je suis défavorable à une loi qui interdirait le port du voile ou autres signes religieux à l’université.

En regardant les commentaires des sondages sur ce port du voile de différents journaux, j’ai été surpris de voir que, quelle que soit la tendance politique du journal -et donc de ses lecteurs, personne ne commentez le sondage en ayant à l’esprit que l’on parle d’université et non d’un lieu public « ordinaire ».

L’un des premiers articles que j’ai écris pour LGMT concernait le classement mondial des universités françaises. L’ensemble de ces classements prennent en compte le niveau d’enseignement et de recherche. En 2014, la France ne positionnait aucune de ses universités publiques dans les 50 premières mondiales. On peut se lamenter et se dire que c’est très inquiétant. Ça l’est. Et il faut réagir. Et comme dans toute réaction il y a deux possibilités : le replis sur soi ou l’ouverture.

Contrairement à l’imaginaire populaire, l’université n’a pas comme unique rôle la transmission de connaissances. Elle doit également les conserver (via ses bibliothèques et fondations) et les « créer » via sa recherche. Ainsi, en plus de devoir former l’élite d’une société, elle est en compétition avec le monde entier dans une course à la découverte, aux brevets, à l’innovation. Bref, une course intellectuelle et économique. Afin de gagner ces combats elle doit avoir les meilleurs professeurs et les meilleurs chercheurs. Et, bien que les français soient, malgré le trait d’esprit de notre très cher général, d’excellents chercheurs, il n’est guère possible pour une université d’être compétitive si elle ne s’ouvre pas aux chercheurs étrangers. La recherche étant une permanente confrontation d’idées. Et ces chercheurs peuvent être des musulmanes. Ajoutons, musulmanes qui ont un contrat de travail à durée limitée et qui sont l’élite de leur société.

Dans le même ordre d’esprit, on peut ajouter les professeurs. Les meilleurs professeurs sont demandés dans de nombreuses universités du monde. Permettre à un tel professeur d’enseigner dans une université française est, d’un point de vue national, plus rentable que d’engager un Zlatan au PSG (oui, oui, je soutiens l’OM…).

Ainsi, avant de vous demander si une loi visant à interdire le port du voile dans nos universités doit être votée demandez-vous si la France peut se permettre qu’un Albert Einstein ne puisse professer dans une université parisienne pour seul motif qu’il porte une kippa ? En effet, lorsque l’on parle d’une université c’est bien de cela dont il s’agit.

A ce stade de la démonstration on devra admettre que l’on puisse être favorable à une telle loi car il y a bien un problème avec les étudiants. Cela est vrai. Toutefois, il y a ici un paradoxe : le voile nous pose problème, non pas concernant des étudiantes qui viendraient de l’étranger mais bien celles qui sont françaises.

Il ne peut cependant pas y avoir une loi pour les uns et une loi pour les autres. Mais il peut y avoir des lois différentes pour les écoles primaires ou pour les lycées et pour les universités. Nous l’avons vu, les objectifs et le public accueillis dans les deux types d’établissement sont différents.

Lorsque l’on s’interroge sur l’université en général une question est intéressante : pourquoi Harvard ou Oxford sont-elles si célèbres ? Si je vous parle de l’Université Montaigne, de l’Université Champollion ou de l’Université Claude Bernard vous ne saurez pas où elles se situent ni ce qui est enseigné. Pourtant elles sont en France. Mais Harvard, Oxford, Cambridge ou le MIT, vous saurez les positionner sur une mappemonde.

La différence n’est pas seulement leur histoire ou leur niveau de recherche. La principale différence est leur accueil d’étudiants étrangers. Et sur ce point la France est très en retard.

Il est, en effet, important et nécessaire, pour une université, et au-delà pour un pays, d’accueillir des étudiants étrangers. D’une part, cela permet de tisser des liens étroits entre pays. D’autre part, l’étudiant étranger qui retourne chez lui deviendra un excellent ambassadeur du pays qui l’a formé. Enfin, cela permet de repérer les étudiants talentueux. En d’autres termes, il est impossible de parler d’immigration choisie sans former des étudiants étrangers.

Certains vont penser que je m’enferme dans mes paradoxes. Dans mon dernier article j’indiquais que le multiculturalisme menait essentiellement à la violence. Or, aujourd’hui je démontre que le multiculturalisme universitaire est impératif pour un pays.

Il n’y a aucun paradoxe puisque les deux multiculturalismes se situent aux antipodes.

Pour l’un on oblige des gens à vivre ensemble alors que la majorité d’entre eux ne le souhaite pas. Les troisièmes et quatrièmes générations issues de l’immigration se renferment sur elles, sur la culture ancestrale de leurs aïeux et sont enclines à la violence. Par réaction de défense et de survie, les autochtones se replient eux aussi.

Dans le second cas il s’agit de personnes qui font le choix d’étudier, d’enseigner ou de rechercher en France. En plus d’avoir les moyens intellectuels de leur ambition ils aiment la France, sa culture et les respecte. De plus, la France a besoin d’eux.

En conclusion, une telle loi risque d’accentuer le déclin de nos universités et de nous rendre économiquement plus dépendant d’autres puissances.

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